DETROIT : « THE CITY OF DREAMS »

Le 3 novembre prochain, nous connaitrons le prochain Président des Etats-Unis. D’ici là, on vous invite à quitter le confinement pour un voyage musical en 7 étapes.

Le but de ce voyage : découvrir les principales villes américaines, leur histoire et leurs liens avec le Gospel. Ce mois-ci, nous partons dans l’état du Michigan, au nord des USA.

A la frontière avec le Canada, la ville de Détroit ([dɪˈtrɔɪt] en anglais) est située au cœur de la région des Grands Lacs.

Sa devise «Speramus meliora, resurget cineribus» («nous espérons des temps meilleurs ; elle renaîtra de ses cendres») résume à elle seule l’histoire de cette ville. Devenue très riche avec l’industrie automobile, elle est déclarée en faillite en 2013. C’est aussi un lieu de création extraordinaire de la musique afro- américaine avec la Motown. C’est également la ville d’adoption de la Queen Of Soul : Aretha Franklin.

Détroit : Un lien « fort » avec la France

Je suis obligé de commencer par un peu d’histoire !

Fondée par un Français en 1701 sur ordre de Louis XIV, Antoine de Lamothe-Cadillac (il donnera son nom à la fameuse marque de voiture), la ville n’est qu’un fort qui sert de garnison afin de protéger les familles qui viennent s’installer pour cultiver ces nouvelles terres.

Le nom de Détroit tient à sa géographie, un entonnoir entre le lac Erié et le Lac Saint Clair.

Son histoire est intimement lié au développement du canada. En 1760, la capitulation de la France face aux anglais à Montréal, scelle son destin : Détroit sera anglaise, et devient un site stratégique pour le commerce.

Cette période instable entre Français, Anglais et Amérindiens se termine en 1783 avec la signature du traité de Paris. La ville de Détroit est alors cédée aux Etats-Unis, nouveau pays indépendant.

Le berceau de l’industrie automobile américaine

La fin du 19ème siècle marque l’essor industriel de la ville avec le développement de l’automobile. Proche des gisements de charbon et d’acier, la ville est attractive pour les nouveaux industriels.

En 1896, Henry Ford y construit sa première fabrique automobile dans un atelier situé sur Mack Avenue. La Ford T y est née, ainsi que le fordisme.

D’autres pionniers de l’automobile comme les Dodge, Packard, et Chrysler contribuent au statut de capitale mondiale de l’automobile attribué à Détroit.

La ville devient le site de production le plus important des Etats-Unis, la Motor Town est née, surnommée la Motown. On y reviendra plus loin.

De 1930 à la fin des années 60, la ville ne cesse de se développer de façon anarchique : l’automobile et l’industrie sont reines au pays des grands espaces.

Jugée comme un modèle de relation entre communautés au début des années 60, Détroit voit cependant les inégalités se creuser. Des tensions raciales apparaissent et sont la sources des 1ères émeutes dans la ville. En 1967, Detroit est le théâtre des émeutes les plus sanglantes que les Etats-Unis aient connues. 5 jours de combat dans les rues, 50 morts. C’est le début du déclin de la ville.

La Motown, le symbole de la musique afro-américaine

Mais si vous êtes un fan de musique, vous connaissez forcément la Motown. Ce label a permis de faire éclore les plus grands groupes et chanteurs noir américains dans les années 60.

L’histoire démarre en 1959, quand Berry Gordy, jeune compositeur et ancien employé de l’usine automobile Lincoln-Mercury, se lance dans la musique. Avec 800 dollars en poche, il monte un label baptisé « Motown», le surnom de la ville. Les usines produisent des voitures, Berry Gordy produira des hits. « J’avais ce rêve un peu fou de faire entrer un artiste par une porte, et ressortir par une autre, transformé en star. Je voyais chaque jour des cadres de métaux arriver à l’usine et en ressortir sous la forme de belles voitures, je me suis dit ‘Attendez une minute, pourquoi je ne peux pas faire ça avec la musique ? ».

Dans la décennie suivante, Motown devient un monument de la musique, et un symbole puissant de la culture afro-américaine à l’époque la plus tendue de la lutte pour les droits des Noirs. Berry Gordy lance Diana RossMarvin GayeSmoky Robinson & the Miracles, les Temptations et Stevie Wonder. La Motown diffuse sur les ondes américaines le son groovy qui transformera l’industrie musicale de l’époque. « Le son de Détroit » traverse l’Atlantique.

« Ce gospel puissant, enraciné, dynamique, ça m’a renversé. » se souvient Adam White, auteur de Motown : The sound of young America, dans une interview accordée à France Culture. « Qui sont ces gens ? Où est Detroit ? C’est quoi cette musique? » Un heureux mélange de soul, de R&B et de puissance vocale semblable à celle du gospel qui a bercé nombre de ces artistes.

Aretha, de la Lady Of Soul…

Mais Détroit c’est aussi la ville d’adoption d’Aretha Franklin. Née en 1942 à Memphis dans le Tennessee, elle suit son père, nouveau pasteur de la New Bethel Baptist church, à Détroit.

L’église, un cube beige ornée d’une grande croix marron (un ancien théâtre) est implantée dans le nord-ouest de la ville, en bordure du quartier de La Salle Gardens, là où Aretha va grandir ; à deux rues de la Motown. L’église fut l’épicentre du mouvement des droits civiques à Detroit. Martin Luther King, James Meredith, Jesse Jackson y prirent le micro.

Mon père fréquentait cette église, et quand j’étais petite, on écoutait souvent les disques des sermons [du père d’Aretha Franklin] à la maison. Et dans ses sermons, c’est comme s’il chantait, c’était du rock’n’roll ! 

La vie d’Aretha Franklin est inspirée, guidée par le Gospel.

Avant de devenir « Lady Of Soul » puis « Queen Of Soul », Aretha écoute les prêches de son père. Elle chante à 5 ans ses premiers Gospel et devient soliste de l’église dès l’âge de 12 ans.

A 14 ans, elle enregistre son premier disque de gospel. Sa rencontre avec le découvreur de talents, John Hammond, la convainc de signer chez Columbia Records et d’élargir son répertoire…au grand dam des fidèles de son père qui ne comprennent pas que sa fille puisse interpréter des chants profanes.

Le Pasteur Franklin n’a que faire des critiques. Connu comme l’homme à la « voix à un million de dollars», car il a enregistré nombre de ses sermons, il soutient sa fille et la pousse à enregistrer davantage.

…à la Queen Of Soul

Six ans et neuf disques plus tard, le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Aretha décide de rejoindre Atlantic Records et son producteur, Jerry Wexler. Et enfin, en 1967, c’est un début de carrière fracassant avec une chanson : « RESPECT ». Ce morceau propulse Aretha Franklin au sommet des charts américains. Composé et enregistré 2 ans plus tôt par Otis Redding, ce morceau devient un manifeste féministe et politique dans la voix d’Aretha Franklin. Il lui offrira en 1967 les deux premiers Grammy Awards, sur les 18 que compte sa carrière.

En Janvier 1972, Aretha Franklin décide de revenir aux sources, là où tout a commencé pour elle : à l’église.

Elle donnera, deux jours d’affilée, un concert mémorable au sein de la New Temple Missionary Baptist Church de Los Angeles, devant, entre autres, Mick Jagger que l’on voit se déhancher au fond de l’église ! L’album live enregistré pour l’occasion, Amazing Grace, valut à la chanteuse un nouveau Grammy. Jerry Wexler, athée, dira de l’album qu’il est « à la musique religieuse ce que l’œuvre de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine est à l’art religieux.. »

Aretha Franklin’s album Amazing Grace The New Temple Missionary Baptist Church in Watts, Los Angeles in January 1972

Moins présente dans les années 70, c’est grâce à un film, « The Blues Brothers » qu’Aretha Franklin retrouve la notoriété en 1980. « The Blues Brothers », comédie culte, est devenu l’un des films musicaux les plus célèbres de l’histoire, avec au casting une ribambelle de stars de la musique comme Ray Charles, James Brown ou John Lee Hoocker.

En effet, l’une des scènes marquantes du film montre Aretha Franklin, interprétant la propriétaire du « Soul Food Café » faisant swinguer les Blues Brothers, en costume et cravate noire, au son de son tube « Think » (1968).

Aretha Franklin dans le « Diner »

Reine incontestée de la Soul Music, Aretha Franklin était l’une des plus grandes voix américaines et une figure emblématique de la communauté noire. née dans un Sud ségrégationniste à Memphis, elle, fut aussi intimement liée au mouvement des droits civiques.

Puisque l’on parle de Memphis, il est temps de repartir…c’est justement la prochaine étape de ce voyage musical !